Confirmé, et puis quoi? (05/06/2026)
Chaque printemps, dans les églises genevoises, des adolescents s’avancent vers l’autel pour recevoir le sacrement de confirmation. L’évêque ou son représentant impose les mains, trace une croix parfumée sur le front avec le saint chrême et prononce les paroles rituelles: «Sois marqué de l’Esprit Saint, le don de Dieu.»
La Confirmation dans notre Unité pastorale aura lieu ce samedi à 18h en l'église de Sainte-Croix. Dix-neuf jeunes préparés par Laurence Faulkner Sciboz*, assistée par trois jeunes animateurs entre 19 et 23 ans (Dhiman, Andrea et Louis), seront accueilli par Mgr Bernard Soney, vicaire général de notre diocèse. Il présidera la célébration et le père Philippe concélèbrera.
Les familles sont là, souvent émues. Les photos s’enchaînent à la sortie des célébrations. Puis vient presque inévitablement la question, parfois discrètement formulée par les prêtres eux-mêmes: confirmé… et puis quoi?
Voir aussi le site de la Patorale des Jeunes et la rencontre des confirmants 2026
Car la réalité est connue. Une grande partie des jeunes disparaissent ensuite presque totalement de la vie paroissiale. Les équipes pastorales le savent depuis longtemps. Et pourtant, les paroisses continuent à investir énormément d’énergie dans ces parcours. Pourquoi?
Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui autour de la confirmation à Genève, il faut d’abord mesurer à quel point le paysage religieux a changé.
Plus sur le site du Centre intercantonal d'information sur les religions. Et sur celui de l'Office fédéral de statistiques: évolution du paysage religieux en Suisse ou encore le site de l'Institut suisse de sociologie pastorale SPI.
Il y a encore quelques décennies, la confirmation s’inscrivait dans une société largement structurée par le christianisme. La foi se transmettait presque naturellement par la famille, l’école, les fêtes religieuses, les habitudes culturelles. On pouvait critiquer cette religion sociale, parfois conventionnelle, mais elle formait un cadre collectif.
Ce monde a disparu.
Le mot de notre évêque évoque la confirmation et l'encyclique de Léon XIV
Les adolescents qui arrivent aujourd’hui dans les groupes de confirmation sont souvent très éloignés de la culture chrétienne classique. Certains connaissent peu la Bible. Beaucoup ne vont presque jamais à la messe. Plusieurs vivent dans des familles recomposées, parfois fragilisées. D’autres grandissent dans des univers numériques saturés d’images, de sollicitations et de réseaux sociaux. À Genève, nombre de confirmands viennent aussi de familles issues de l’immigration portugaise, africaine, espagnole ou latino-américaine, où subsistent encore des formes plus vivantes de catholicisme familial.
Face à cette situation, les parcours de confirmation ont profondément changé. Ceux qui imaginent encore des «cours de religion» traditionnels seraient surpris. Les rencontres ressemblent aujourd’hui souvent davantage à des groupes de parole, des ateliers existentiels ou des expériences communautaires qu’à un enseignement doctrinal classique.
On y parle du bonheur, de la peur, de la confiance, de l’amour, du pardon, du sens de la vie, parfois des réseaux sociaux ou de la solitude. Les animateurs utilisent des vidéos, des témoignages, des musiques, des temps de silence, des petits groupes de discussion. Les chants de Taizé occupent souvent une place importante. Leur simplicité répétitive crée une atmosphère méditative qui touche parfois des jeunes peu habitués au silence.
Pour aller plus loin
Le mémoire universitaire de Raquel Vidal consacré à Genève:
La confirmation catholique pour les jeunes d’aujourd’hui à Genève
Les travaux du théologien suisse François-Xavier Amherdt:
Publications de François-Xavier Amherdt
Un reportage récent sur la Journée des confirmands à Genève:
Record d’affluence à la Journée des confirmands à Genève
La communauté de Communauté de Taizé et ses chants méditatifs:
Communauté de Taizé
Pastorale des jeunes de l’Église catholique à Genève:
Église catholique romaine à Genève – jeunesse et confirmation
Car c’est peut-être là le paradoxe le plus intéressant de cette génération: beaucoup de jeunes semblent éloignés des institutions religieuses, mais restent sensibles au silence, au rituel, à la beauté, à l’émotion collective ou à certaines formes de spiritualité.
Les retraites jouent ici un rôle central. Plusieurs prêtres reconnaissent volontiers que c’est souvent pendant ces week-ends, loin du rythme scolaire et parfois loin des téléphones, que «quelque chose se passe». Non pas nécessairement une conversion spectaculaire, mais l’expérience rare d’un espace où l’on peut parler librement, être écouté sans jugement, vivre un moment de fraternité ou découvrir une forme d’intériorité.
Les études consacrées à la confirmation montrent d’ailleurs que les jeunes retiennent souvent moins les contenus doctrinaux que certaines expériences humaines: une rencontre, un témoignage, un climat de confiance, une soirée de prière, un moment de silence ou une discussion profonde avec un adulte crédible.
Cette évolution ne fait pas l’unanimité. Certains prêtres et fidèles s’inquiètent de voir les parcours devenir trop psychologiques ou émotionnels, au détriment du contenu de la foi chrétienne. D’autres pensent au contraire qu’il est désormais impossible de transmettre la foi autrement, tant le langage religieux classique est devenu étranger à beaucoup d’adolescents.
Au fond, la confirmation révèle peut-être une question plus vaste qui dépasse largement l’Église: comment transmettre aujourd’hui autre chose que des informations? Comment transmettre une espérance, une confiance, une capacité d’intériorité dans une société souvent fragmentée, rapide et anxieuse?
Les responsables pastoraux eux-mêmes savent bien que tous les confirmands ne deviendront pas des pratiquants réguliers. Beaucoup s’éloigneront. Certains reviendront peut-être des années plus tard à l’occasion d’un mariage, d’un deuil, d’une naissance ou d’une crise personnelle. D’autres garderont simplement le souvenir d’un moment où quelqu’un leur a parlé autrement que comme à des consommateurs, des élèves ou des utilisateurs de réseaux sociaux.
Ce n’est peut-être déjà pas si peu.
(Article rédigé avec l'aide de ChatGPT)
* Après les premières communions célébrées à Compesières les 10 et 11 mai (des photos ont été ajoutées à l'article publié), notre catéchiste "en cheffe" n'a pas chômé. Samedi dernier, à Sainte-Claire, aux Acacias, elle a coordonné la célébration de baptême des enfants en âge de scolarité et des ados (12 catéchumènes de notre UP) avec l'aide de Conchita et de Dominique . Notre curé, l'abbé Philippe qui a célébré la messe.
17:27 | Lien permanent | Commentaires (0)
