La Toussaint n'a jamais été réservée aux seuls humains auxquels l'Église a décerné une auréole, comme la France épingle la Légion d'honneur au revers du veston des méritants de la République. L'Eglise est et se veut peuple de Dieu et déclare comme Léon XIV à une jeunesse enthousiaste: "Vous êtes les saints de France!"
Ce 1er novembre, à Veyrier, Frère Alexis s'est inscrit dans les pas du pape dans une longue homélie qu'il est périlleux de vouloir enregistrer et transcrire mais qui peut se résumer en 200 mots. Retenons encore ce grand moment d'émotion: la lecture des noms des fidèles décédés durant l'année en mémoire des êtres chers promis au réveil.
A Compesières, ce même 1er novembre, quelque 200 personnes ont chaleureusement applaudi la deuxième première mondiale de la "Messe pour choeur, soprano, ténor, orgue et percussions" du jeune compositeur genevois Christophe Bitar. Une messe en latin de plus d'une heure. L'oeuvre originale s'écoute volontiers, ne masquant pas dans une facture plutôt classique ses emprunts à divers courants, dont le chant grégorien si emblématique de l'Eglise européenne.
Novembre à Compesières nous propose encore des concerts:
- Les Musicales accueillent le "Romain Leleu Sextet" le 7 novembre à 20 h, puis l'"Ensemble Alkymia" le 8 novembre à 17 h.
- L'Ensemble vocal de Neuchâtel donnera son concert le 15 novembre à 17 h, avec des œuvres de Goetz et de Brahms
- Les 21 et 22 novembre, l'orgue sera à nouveau à l'honneur. Martin Schmeding viendra de Leipzig, à 100 kilomètres à l'ouest de Bautzen, siège de la manufacture Eule qui a conçu et fabriqué notre nouvel instrument. Il clôturera, dimanche à 17h, un mini-festival d'orgue auquel participeront Diego Innocenzi le samedi à 15h, et Machi Tonaka et Vincent Thévenaz à 20h.
Une seule messe rassemblera notre communauté en novembre à Compesières. Ce sera le 22, dimanche du Christ Roi. Lectrices et lecteurs recevront le missel des dimanches 2027, riches en lectures, prières, intentions, commentaires et propositions de chant, bref de quoi vivre la messe en se replongeant dans les textes fondateurs.
Elle ne sera exceptionnellement pas suivie d'un apéritif sur place. Nous irons le partager à la salle communale de Perly, si vous le voulez bien, où nos amis protestants de la paroisse de Plan-les-Ouates organisent leur fête annuelle.
Tous saints! Mais pas tous auréolés
Dans son homélie, Frère Alexis présente la Toussaint comme une fête de la foi qui unit le ciel et la terre, les vivants et les morts. C’est une fête joyeuse mais exigeante, parce qu’elle nous rappelle que nous sommes tous appelés à un chemin de sainteté.
Notre abbé vénérable met en garde contre une sainteté réservée à une élite. Les auréoles et les saints canonisés risquent de faire oublier la « foule immense » de l’Apocalypse : les milliards d’inconnus, baptisés ou non, qui sont au ciel. « Catholique » veut d’abord dire universel. La sainteté se vit le plus souvent cachée, au cœur d’une vie ordinaire. Elle reste ouverte à tous, avec nos défauts, comme le montrent le caractère difficile de certains saints ou les carmélites qui ne voyaient rien d’extraordinaire chez Thérèse. Il ne s’agit pas d’un exploit à accomplir, mais de chercher Dieu et de le laisser achever en nous ce qu’il a commencé.
Les Béatitudes - lecture du jour - tracent ce chemin, et la fin du Credo en donne les clés : la communion des saints, le pardon (y compris envers soi-même), la résurrection et la vie éternelle. Frère Alexis évoque aussi les doutes et le « procès fait à Dieu » face aux deuils injustes. Il conclut par une invitation à la paix et à la prière pour les défunts, en déposant les bougies et les intentions sur l’autel.
Une messe nouvelle tournée vers la tradition
A 17h, l’église de Compesières a donc accueilli, une semaine après l'église de Chêne-Bourg, la création de la messe de Christophe Bitar, pour chœur, solistes, orgue et percussions. Une œuvre d’aujourd’hui, donc contemporaine par sa date. Mais son langage musical regarde aussi vers une histoire bien plus ancienne.
Pour en savoir plus sur le compositeur et les interprètes
Le public a chaleureusement applaudi les interprètes ainsi que le compositeur. Tout à la fois organiste et chef de choeur, Christophe Bitar est assis à la console de l'orgue installée au milieu du choeur de l'église, donnant ainsi à voir autant qu'à entendre la richesse de son oeuvre.
À l’écoute, on croit reconnaître des réminiscences grégoriennes. Les voix portent le texte latin et donnent à l’ensemble sa couleur sacrée. Certains passages, par leur ampleur et leurs contrastes, évoquent aussi la musique de film, restituent des "couleurs madrigalesques, fuguées, rythmiques ou opératiques", dixit Leprogramme.ch.
L’orgue, attendu au cœur de l’instrumentation, ne s’impose pas toujours comme un partenaire à part entière. Par moments, il accompagne les voix ; à d’autres, il se fait discret, voire absent. Les percussions - timbales et carillon - donnent du relief et de l’élan. Le chœur, une soprano, un ténor ajoutent l'indispensable touche humaine. Ils chantent, dans la langue latine de la tradition, le mystère d'un Dieu qui se donne pour notre salut. Un langage musical et liturgique qui n'est toutefois plus celui de la plupart de nos célébrations dominicales. Depuis Vatican II, les langues courantes ont largement pris le relais du latin et le chant d'assemblée a trouvé une place nouvelle, sans pour autant faire disparaître les grandes œuvres chorales du répertoire sacré.
Le XXᵉ siècle éclaire la diversité de création dans ce domaine sacré. La Messe d’Igor Stravinsky, la Messe de la Pentecôte d’Olivier Messiaen ou la Berliner Messe d’Arvo Pärt ne rompent pas toutes de la même façon avec la tradition ; chacune invente cependant un univers musical très reconnaissable. La Mass de Leonard Bernstein, œuvre scénique nourrie de la liturgie, pousse encore ailleurs les frontières du genre.
Le livret de la messe créée à Chêne-Bourg et à Compesières
La messe de Christophe Bitar privilégie la continuité : elle puise dans le rituel, ses textes et ses résonances anciennes. C’est peut-être là sa force et sa limite. On y entend un jeune compositeur profondément attaché à la liturgie, qui propose une œuvre riche en couleurs et en résonances. Elle témoigne de son talent, mais laisse encore ouverte la question d'un langage musical qui lui appartiendrait pleinement.
La Boîte à Musique, que le compositeur, titulaire de l'orgue de Chêne-Bourg, a fondée en 2023 à Genève avec trois amis, revendique, selon le livret du concert, une vision « émancipatrice et prophylactique » de la musique pour la société. La création locale d’une œuvre nouvelle en est déjà une réalisation concrète.
Qu'en pensent les musicologues et les mélomanes avertis que nous ne sommes pas ? Diego Innocenzi, ancien professeur de Christophe Bitar, se dit fier de son élève, qu'il considère comme une pépite. L'organiste qui a présidé au choix du nouvel instrument de Compesières était aussi heureux de constater que son géant, installé sur sa galerie, pouvait soutenir avec douceur une douzaine de choristes.
J'ai demandé à une IA si les revues musicales spécialisées, notamment ResMusica, Bachtrack, la Revue Musicale Suisse ou la Revue musicale de Suisse romande, avaient évoqué cette création mondiale. Rien pour l'instant. Seul cath.ch semble lui avoir consacré un véritable article, sous la forme d'un entretien publié avant les concerts.
Une création musicale ne prend pourtant toute sa place que lorsqu'elle rencontre des auditeurs, suscite des réactions et entre dans la discussion. Souhaitons à la messe de Christophe Bitar de poursuivre son chemin au-delà de Chêne-Bourg et de Compesières. À suivre, donc.
D'autres infos: Horaires des messes. Site de notre UP: Upcsa.ch, Le site de l'Eglise catholique à Genève: églisecatholique-ge.ch, Informations catholiques suisses: Cath.ch, Le site de notre diocèse: diocèse-lgf.ch, Informations catholiques du Vatican et du monde: vatican.news. Centre catholique romand de formation en Eglise.
Que se passe-t-il autour de nous: UP Rives-de-l'Aire, UP La Seymaz, Diocèse d'Annecy, diocèse de Belley-Ars, Paroisse de Saint-Julien-en-Genevois.
Agenda de Compesières de l'église et de la salle Saint-Sylvestre.


