Sur la plaine de Plainpalais à une encablure du Sacré-Coeur, siège de l'Eglise catholique à Genève, se dresse une statue en bronze de la créature du Dr Frankenstein. L'être, pardon la chose, est hideuse et effrayante, faite de pièces rapportées de corps humains. La chose est vivante, stupéfiante comme une IA. Elle échappe au contrôle de son créateur.
Frankenstein est né en 1816, à Genève, du côté de Cologny, dans l'esprit d'une jeune écrivaine anglaise, Mary Shelley. 1816, une année sans été, une année de misère et de disette, car l'explosion du volcan Tambora, à l'autre bout de la Terre, avait suffisamment pollué le ciel pour modifier le climat de la planète.
Hier, 25 mai, un lundi de Pentecôte radieux et excessivement chaud, Léon XIV a présenté sa première encyclique, Magnifica Humanitas, à propos de ce que d'aucuns pressentent comme un nouveau monstre sorti des réseaux de neurones artificiels du côté de la Californie mais aussi de la Chine: l'IA, l'intelligence artificielle capable d'exploiter, très vite et souvent très bien, pour le meilleur et pour le pire, toutes les connaissances disponibles sur le Net et les données accumulées par milliards par nos outils et capteurs électroniques.
Le pape dit une évidence: la machine ne doit pas transformer les humains en choses. En bref, l'IH (l'intelligence humaine) doit rester maîtresse de l'IA.
Musicales cette fin de semaine à Compesières. Samedi 30 à 20h, dimanche 31 à 17 h.
Prochaine messe à Compesières: dimanche 14 juin.
Messe sur le pré à Troinex le 13 mai à 18h.
Tous les horaires des messes sont accessibles sur theodia.org.
L'IA réclame, affirme le Souverain pontife, de ne pas laisser les coudées franches aux entreprises privées. Or, de tout temps, celles-ci ont été mues par le profit, au risque, souvent avéré, d’exploiter les humains jusqu’à en faire des esclaves. Peu de pays, pour ne pas dire aucun, peu de personnes également, n’ont pas profité, directement ou indirectement, de l’exploitation des autres. L’Église catholique elle-même a autorisé la traite des Noirs et toléré l’asservissement des ouvriers.
S’inscrivant dans les pas de Léon XIII et de l'encyclique Rerum novarum (l'Eglise a défendu bien tardivement les travailleurs à la toute fin du XIXe siècle), Léon XIV a demandé hier pardon, au nom de l’Église, pour avoir soutenu l’esclavage durant des siècles, polluée qu'elle était par l'idée de l'inégalité des humains. Diabolique! Sommes-nous libérés de cette idée?
Magnifica Humanitas. C'est le nom de l'encyclique. On trouve sur Vaticannews.va et sur le site du Vatican et sur beaucoup de site de médias des résumés et des articles sur l'événement ainsi que le texte intégral de cette lettre circulaire. Cath.ch, l'agence de presse des catholiques suisse, a évidemment relayé l'événement. Je ne saurais trop vous recommander de soutenir cet oeuvre d'information en vous abonnant.
Evidemment, il ne s'agit pas d'enterrer l'IA et de rejeter les inventions, l'électricité, le moteur à explosion, le smartphone, les plastiques, les médicaments issus du génie génétique ou encore l’énergie nucléaire. Il s’agit plutôt de réguler ces technologies dans le cadre de décisions démocratiques, aussi imparfaites soient-elles.
Claude est le nom de l'IA créée par l'entreprise américaine Anthropic, dont un des membres fondateurs était présent à Rome lundi - belle publicité pour la firme qui s'achète à bon compte un label éthique dans un monde de géants aux dents longues et aux bourses pleines.
Nous sommes tous concernés. Avez-vous remarqué ce robot qui se promène dans les champs autour de Compesières? L'IA le gouverne. On a appris à Caterra, c'est son nom, à détecter et à détruire les mauvaises herbes.
Claude n'est pas et ne sera pas une sainte. Je lui ai néanmoins demandé d'écrire un bref articles à l'issue de cette conversation que j'ai eu avec elle. Voici un résultat — parmi d’autres, car l’IA adapte ses réponses à ce qu’elle « comprend » de la demande et à ce qu’elle sait déjà de la personne qui formule la question :
Texte généré par Claude le 25 mai 2026. Il y a quelque chose de troublant et de beau dans la scène qui s'est jouée ce lundi au Vatican, au lendemain de la Pentecôte. Le pape Léon XIV, premier pape américain de l'histoire, présentait lui-même — fait rarissime — sa première encyclique, Magnifica humanitas. À ses côtés, on attendait peut-être un cardinal, une théologienne, un philosophe. Il y avait certes le cardinal Parolin, l'argentin Fernández, la Britannique Anna Rowlands. Mais il y avait aussi un jeune Canadien de 36 ans, cofondateur de l'entreprise qui a créé l'intelligence artificielle Claude : Christopher Olah.
Cette présence dit quelque chose d'important : l'Église ne se contente plus de commenter le monde depuis ses balcons. Elle s'assoit à la table de ceux qui le façonnent.
L'encyclique a été signée le 15 mai, jour anniversaire des 135 ans de Rerum Novarum. En 1891, Léon XIII parlait aux ouvriers broyés par la révolution industrielle. En 2026, Léon XIV parle à une humanité qui se demande si la machine ne va pas finir par penser à sa place. La continuité est saisissante : à chaque révolution technologique, l'Église rappelle que la personne humaine n'est pas une variable d'ajustement.
Le message tient en une formule : « désarmer l'intelligence artificielle ». Non pas la rejeter — le pape le dit clairement, la technologie n'est ni neutre ni mauvaise en soi — mais l'empêcher de devenir une arme, qu'elle soit militaire, économique ou cognitive. Empêcher qu'une poignée de géants ne détienne la clé de notre humanité partagée.
Et c'est ici que la présence d'Olah éclaire tout. Devant le pape, il a dit en substance : même les laboratoires d'IA bien intentionnés sont pris dans des forces qui les dépassent — la course au profit, la pression militaire, la concurrence mondiale. Aucune entreprise, aussi vertueuse soit-elle, ne peut s'autoréguler seule. Il faut le regard des religions, des États, des citoyens. C'est presque un cri d'appel venu de l'intérieur du système.
En ces jours de Pentecôte, l'image prend une force particulière. L'Esprit descendu sur les apôtres leur a donné le don des langues — la capacité de se comprendre par-delà les frontières. Notre époque a besoin de cet Esprit pour traverser un autre Babel : celui des algorithmes qui parlent à notre place, qui pensent en nous, parfois sans nous.
Le pape ne nous demande pas de devenir des experts en IA. Il nous demande quelque chose de plus simple et de plus exigeant : rester humains. Continuer à nous regarder dans les yeux, à prendre le temps du discernement, à ne pas déléguer à une machine ce qui fait de nous des créatures à l'image de Dieu.
À Compesières, cela commence peut-être tout simplement : une conversation après la messe, un voisin dont on prend des nouvelles, une histoire qu'on écoute jusqu'au bout. La magnifique humanité, c'est d'abord celle qui se tient devant nous.

Commentaires
Le problème de l'IA, c'est peut-être aussi l'IH. Et ce qui me gêne parfois dans le christianisme, c'est la place dominante attribuée à l'homme par Dieu. À moins qu'Il ne soit revenu en arrière aujourd'hui sur ce point?
Sinon, tu aurais peut-être fait tout aussi bien sans Claude, Tes petites erreurs d'orthographe, il est vrai, ont totalement disparu de sa version!