C'était la Saint-Joseph ce jeudi, un jour férié en Valais et dans quelques autres régions (il y avait une messe à Sainte-Croix annoncée sur le site de notre UP). A Compesières, une poignée de paroissiens sous la gouverne de Gisèle n'a pas ménagé sa peine et a nettoyé les chaises de l'église collant sous chacune de leurs quatre pieds des tampons en feutre. Ce fut l'occasion aussi de passer un coup de chiffon sur la statue de Marie et sur le crucifix. Les accordeurs de l'orgue avait pris une semaine de vacances, permettant aux Musicales de donner deux concert ce samedi 21 à 20h et ce dimanche 22 à 17h
Ce même jeudi, à 20h, le groupe oecuménique de Carême de la région Genève sud avait invité Metin Arditi au temple de Plan-les-Ouates sur le thème choisi par l'auteur "Rencontrer Jésus", un Jésus humain dépouillé des dogmes, des rites et des liturgie que les Biblistes et les Eglises ont échafaudés, défigurant parfois les seuls messages qui doivent prévaloir aux yeux d'Arditi: Aime ton prochain comme toi-même et souviens que tu as été étranger en terre d'Egypte. Un cinquième évangile que ce roman? Une bonne nouvelle explosive?... Très dans l'air de notre temps, qui ne s'encombre plus trop de Dieu ni de son clergé, dans l'air du temps aussi des cinq prédateurs qui gouvernent le monde.
Messes ce samedi à 18h à Troinex, et ce dimanche à 9h30 à Veyrier et à 11h à Carouge. Et ailleurs aussi. Tous les horaires sont sur theodia.org.
Samedi 28 mars, messe en famille à Troinex
Dimanche 29 mars, la fête des Rameaux sera célébrée à Compesières à 9h30. Elle sera suivie d'un apéritif. Merci de vous annoncer pour donner un coup de main (votre serviteur a déjà reçu une proposition de plat de charcuterie)
Metin Arditi et « Le Bâtard de Nazareth » : un Jésus en colère pour notre temps
De Saint-Joseph il ne fut pas question, jeudi 19 mars à Plan-les-Ouates. Metin Arditi a parlé ce soir-là de son livre publié en 2023, Le bâtard de Nazareth, une histoire de filiation trouble et de naissances mal expliquées, celle de Jésus qui serait, dans son roman, un bâtard, né non pas de Dieu, comme nous le croyons, mais de l’union d’un soldat romain qui aurait engrossé une Marie, simple en esprit. Bref un Jésus libéré de Dieu et de ses clercs… mais aussi un Jésus métis, de sang mêlé..., ce que nous sommes tous, non? Un projet de film autour du Bâtard de Nazareth est en cours (lire des critiques de lecteurs sur le site Babelio).
L'écrivain genevois — un livre par an, presque un prix par an — était l'invité du groupe œcuménique de Carême de Genève sud. Introduite par Catherine Menoud, de la paroisse catholique des Rives de l’Aire, et Hélène Sommer, de la paroisse protestante de Plan-les-Ouates Compesières Perly, et animée par le pasteur Blaise Menu, la soirée se tenait dans le temple de Plan-les-Ouates devant une salle bien garnie, sans toutefois faire le plein.
Le mamzer, clé de lecture
En 2018, Arditi lit une interview du bibliste vaudois Daniel Marguerat. Celui-ci évoque le terme hébreu mamzer — l'enfant né hors mariage, l'illégitime — et la situation de Marie, que le texte désigne par le mot sota, la femme soupçonnée d'adultère. « Dans ces petites communautés, être montré du doigt, être ostracisé. Or, on ne parle jamais de ça dans les églises », dit Arditi. Le titre aurait pu être “Par l'enfant dont la mère a été insultée” — une formule qui fait écho au Je vous salue Marie chanté par Brassens. Le livre lui vaudra cinq menaces de mort et trois mille messages d'insultes.
Ce mamzer, dit-il, est « une clé de lecture » : l'enfant Jésus portait déjà, dès sa naissance, une croix et une couronne d'épines.
Un roman sans révélation
Arditi se défend volontiers d'un malentendu qu'il dit lui-même avoir mis trois ans à dissiper. Le titre Le Bâtard de Nazareth se veut un hommage, non une provocation. Sa démarche ? « J'ai voulu ouvrir l'écoute, le rapprocher, le rendre plus humain, plus immédiat — délester la figure de Jésus de la théologie. »
Juif de naissance dans un famille « laïc de chez laïc » plutôt socialiste, Arditi a passé sa prime enfance à Istanbul auprès de Madamica, sa gouvernante catholique très pratiquante, avec qui il allait à la messe tous les dimanches. Un dimanche de 1949, alors qu'il avait quatre ans, lui et sa sœur voulurent réciter une prière catholique. Le père, dans ce qu'Arditi appelle « son immense sagesse », invita Madamica à réciter le Notre Père avec eux.
C'est ce compagnonnage d'une vie avec la figure du Christ qui a nourri le roman. Après avoir rencontré Marguerat et lu son Jésus, il est parti en Grèce, a attendu quinze jours sans écrire — lui qui écrit pourtant tous les jours — puis l'histoire est sortie en un mois. « Quand on écrit sur Jésus, on met de soi. La rage, la colère qu'on y lit — c'est la mienne. »
Résultat : un roman sans révélation, qui n'en cherche pas. « On n'a pas besoin de la révélation pour suivre Jésus. » La pasteure Blaise Menu le relève avec une pointe d'ironie affectueuse : « Vous voulez nous faire croire que vous vous êtes trompé en décrivant un Jésus sans Dieu ? » Arditi sourit : « Je n'ai rien cherché à résoudre. »
Un plaidoyer pour le courage
Ce que le roman défend, c'est moins une christologie qu'une éthique. « On n'est pas un bon chrétien parce qu'on suit des rites. » Arditi voit en Jésus un modèle de courage — un homme qui dit aux prêtres : respectez la loi, aimez votre prochain, et n'oubliez pas que vous avez été étrangers en terre d'Égypte. « Un plaidoyer pour le courage qui endosse l'amour », résume-t-il.
La figure de Judas est réhabilitée au passage : non pas le traître de la tradition, mais un organisateur, un homme habile, qui voulait la révolution.
Et si Jésus revenait aujourd'hui ? Arditi ne se dérobe pas à la question. « Il inviterait les cinq prédateurs. Et les regarderait sans rien dire. » (Chacun a deviné que les cinq prédateurs de notre temps sont dans l'ordre ou le désordre: Poutine, Trump, Xi Jinping, Netanyahou et le chef suprême du régime iranien quel que soit son nom.)
Un homme de carrefour
La soirée dit aussi quelque chose de la trajectoire d'Arditi lui-même. En 2015, il publiait L'enfant qui mesurait le monde, une histoire d'autiste écrite pendant la crise grecque, dans sa maison sur une île. La même semaine, son gendre Stéphane Eliez, professeur de pédopsychiatrie à Genève, lui proposait de présider une nouvelle fondation — le Pôle autisme, quatre-vingts collaborateurs, qu’il présidera pendant sept ans. À Istanbul, une fresque de la Résurrection lui avait alors inspiré cette image : Jésus extirpant Adam et Ève des enfers — « c'est ce que fait la méthode Denver pour les enfants autistes ».
Désormais, après son Dictionnaire amoureux de la Suisse et celui sur Istanbul, il prépare un Dictionnaire amoureux du péché (à paraître en janvier). Pourquoi pas un Dictionnaire amoureux de l'Apocalypse, lance le pasteur Menu. « Si je suis à la hauteur », répond l’écrivain dont l’égo n’est pas petit et qui se montre même susceptible en toute fin de soirée en s'offusquant qu’on puisse penser qu’il se servirait de petites mains pour faire tout ce qu’il fait.
Un auditeur lui lance en conclusion : « Vous êtes resté cet enfant en colère, et il vous est insupportable de ne rien faire. » Arditi ne contredit pas.
NB: Cet article a été rédigé par Claude une IA de l'entreprise américaine Anthropic (supérieur dans cet exercice à ChatGPT) qui s'est nourri des notes prises pas votre serviteur durant la soirée, relues et complétées.
D'autres infos: Upcsa.ch, églisecatholique-ge.ch, Cath.ch, diocèse-lgf.ch, vatican.news. Centre catholique romand de formation en Eglise.
Et autour de nous: UP Rives-de-l'Aire, UP La Seymaz, Diocèse d'Annecy, diocèse de Belley-Ars, Paroisse de Saint-Julien-en-Genevois.



